Gateway LoRaWAN installée en hauteur dans un hall industriel

IoT

Gateway LoRaWAN : placement, raccordement, supervision

Une gateway LoRaWAN se résume souvent à un boîtier qu'on visse quelque part et qu'on branche. Tout se joue pourtant dans le quelque part et dans le branche : un emplacement mal choisi coûte de la couverture, un raccordement fragile coûte des données, et une gateway tombée peut rester silencieuse longtemps si personne ne la surveille. Voici comment nous tranchons ces trois questions sur le terrain.

Pierre Deswysen
Pierre Deswysen 9 min de lecture

Le placement se décide sur le bâtiment, pas sur une distance

La première question n’est pas « jusqu’où ça porte », c’est « qu’est-ce qu’il y a entre les deux ». Un site industriel et un atelier ne posent pas le même problème.

Sur un site étendu, avec plusieurs bâtiments et des zones extérieures, l’antenne est placée à l’extérieur. Le pignon d’un bâtiment est l’emplacement de référence : hauteur, dégagement, et surtout la sortie du problème des parois. Une antenne extérieure ne cherche plus à traverser, elle arrose. Dans un atelier unique, ce choix n’existe pas. On est limité par la hauteur du bâtiment, et le travail consiste à trouver le point le plus dégagé de ce volume plutôt que le point le plus haut. Une gateway coincée derrière une passerelle technique, un cheminement de gaines ou un stockage en palettiers couvre moins bien qu’une gateway un mètre plus bas et à découvert.

L’erreur qu’on rencontre le plus souvent tient en une phrase : l’antenne enfermée dans une armoire métallique, qui annule ce qu’on est venu chercher. La nuance compte pourtant, ce n’est pas le coffret métallique qui pose problème, c’est l’antenne à l’intérieur. Nous installons couramment des gateways en coffret inox, dans des ateliers alimentaires où le lavage impose ce matériau, et la couverture est normale parce que les antennes sont sorties du coffret.

Gateway LoRaWAN dans un coffret inox, deux antennes courtes montees a l'exterieur du couvercle.
Coffret inox pour un atelier alimentaire, ou le lavage impose ce materiau. Le metal n'empeche rien tant que les antennes sont dehors.

Un point contre-intuitif décide parfois du placement final. Une antenne omnidirectionnelle verticale ne rayonne pas une sphère, elle rayonne un anneau, avec un creux dans son propre axe. Elle couvre donc mal ce qui se trouve juste au-dessus et juste en dessous d’elle. C’est vrai de toutes, pas seulement de celles à gain élevé, qui ne font qu’accentuer le phénomène. Coller la gateway au device le plus important du site est une mauvaise idée, alors que c’est le réflexe de tout le monde.

L’antenne : trois montages courants

Trois montages couvrent l’essentiel des cas, et le choix se fait sur l’étendue à couvrir, pas sur une fiche technique. Une antenne courte vissée sur le coffret suffit pour une zone restreinte, un atelier, une ligne. Une antenne en fibre de verre fixée sur le flanc du coffret couvre un bâtiment entier, et c’est le montage courant. Quand la couverture doit sortir du bâtiment ou traverser un site, l’antenne part sur le pignon, à quelques mètres de hauteur, reliée par un câble coaxial à la gateway restée à l’intérieur.

Antenne en fibre de verre fixee sur le flanc d'un boitier synthetique IP65 abritant une gateway LoRaWAN, raccordee par un connecteur traversant.
Le montage courant en atelier : antenne fibre sur le flanc du boitier.
Antenne en fibre de verre montee sur un support depasse d'un pignon de batiment, cable descendant dans un chemin de cables.
Le troisieme montage : l'antenne sort du batiment et depasse l'acrotere, la gateway reste a l'interieur.

Ce troisième montage se vend souvent comme un gain de puissance. C’est faux, et la formule mérite d’être retenue : une antenne extérieure achète un emplacement, pas de la puissance. L’écart de gain entre une antenne courte et une fibre de verre se compte en un ou deux décibels, ce qui ne décide de rien sur un bilan de liaison qui se joue sur plusieurs dizaines. Ce qui décide, c’est d’avoir cessé d’essayer de traverser des parois.

Ce que le placement doit atteindre, et comment on le vérifie avant de percer un mur, relève de l’étude de couverture. C’est un métier en soi, il fera l’objet d’un article à part.

Ce que nous demandons au réseau du client

Une gateway LoRaWAN a besoin d’une liaison internet, en permanence. C’est ce qui surprend le plus les industriels : le réseau sans fil, lui, est autonome, mais la gateway sans internet ne sert à rien. Elle ne décode pas, elle ne stocke pas, elle relaie.

La demande que nous formulons tient en une phrase, et elle est plus restrictive que ce que le client attend. Nous ne demandons aucune ouverture de port. La gateway établit une connexion sortante vers notre serveur de réseau, rien n’entre. Mais nous demandons en plus que cette liaison soit isolée du reste du réseau de l’entreprise, typiquement par un VLAN dédié.

Le motif est plus important que le moyen. Nous ne voulons pas pouvoir entrer dans le réseau du client, ni pouvoir être mis en cause si nous sommes nous-mêmes attaqués un jour. Une gateway raccordée en direct sur le réseau bureautique est un chemin possible entre deux mondes qui n’ont aucune raison de se parler. L’isolation protège le client de nous autant qu’elle nous protège de lui. Notre infrastructure a été montée par Julian Dotreppe, spécialiste en cybersécurité, et cette contrainte y est posée depuis le début, pas ajoutée après coup pour rassurer.

Deux situations sortent de ce cadre, dans un sens comme dans l’autre. Le client dispose d’une ligne internet dédiée, indépendante de celle de l’entreprise : il n’y a plus rien à isoler ni à arbitrer, c’est le cas le plus confortable. Ou le site est sensible au point que toute présence sur son réseau est refusée, VLAN compris, et la liaison devient alors la nôtre, par carte SIM.

Le WiFi, repli assumé et rien de plus

Certaines gateways se raccordent en WiFi. C’est possible, nous le faisons quand il le faut, et il vaut mieux le dire que le cacher. Ce n’est pas pour autant un choix que nous recommandons, pour les raisons déjà exposées ici.

Un cas vécu résume l’affaire. Sur un site client, une arrivée Ethernet avait été demandée à la commande, comme toujours. Le jour de l’installation, le switch qui devait nous accueillir avait finalement été réservé à la vidéosurveillance, et tirer une nouvelle ligne sur la longueur du hall représentait un budget que personne n’avait prévu ce matin-là. Un point d’accès WiFi se trouvait à quelques mètres de l’emplacement retenu. Décision prise avec le client de démarrer comme ça.

La liaison tombait par moments. Sans régularité, sans explication, et surtout sans rien que nous puissions diagnostiquer depuis notre position, puisque ce réseau est administré par l’entreprise et que ses reconfigurations ne nous sont pas annoncées. Le client a fini par faire tirer une ligne RJ45 dédiée, raccordée à un VLAN séparé. Plus aucun problème de stabilité depuis.

La leçon n’est pas que le WiFi est mauvais. C’est qu’une liaison dont vous ne maîtrisez ni la configuration ni les changements devient une source de pannes inexplicables, et qu’expliquer une panne fait partie du travail.

La 4G, deux montages qu’il ne faut pas confondre

La 4G n’est pas une solution unique, deux montages coexistent. Il s’agit ici du raccordement de la gateway, pas du choix d’un réseau cellulaire pour les devices eux-mêmes, qui est une autre question.

Le premier place un routeur externe entre le réseau du client et la gateway. Ce routeur est raccordé à l’internet de l’entreprise, sur le VLAN, et la carte SIM ne sert que de secours : en cas de coupure de la liaison principale, il bascule automatiquement et la gateway continue d’émettre sans savoir que quelque chose a changé. C’est le montage le plus solide, et le seul qui traite vraiment la continuité.

Le second place la carte SIM dans la gateway. Il n’y a plus de liaison principale, la 4G est la liaison. C’est ce qu’on retient sur un site qui refuse tout accès à son réseau, ou là où il n’y a rien à raccorder. L’avantage est net : cette liaison nous appartient, elle ne dépend d’aucune reconfiguration interne au client. La contrepartie est d’ordre administratif.

Deux montages 4G pour raccorder une gateway LoRaWAN : la 4G en secours derriere un routeur raccorde au VLAN du client, et la 4G comme seule liaison avec carte SIM dans la gateway.
Les deux montages 4G. A gauche, la carte SIM ne sert que si la ligne du client tombe. A droite, elle est la liaison.

Le renouvellement de la carte, la panne qu’on n’attend pas

Une carte SIM vit sur un abonnement opérateur ou sur une formule prépayée. Dans le second cas, il y a très souvent une échéance annuelle à honorer. Si elle passe inaperçue, la carte décroche, et la gateway devient muette alors que personne n’a touché à rien : pas de coupure de courant, pas de panne matérielle, pas d’intervention sur le réseau. Juste une ligne dans un calendrier que personne ne tenait. C’est une servitude d’exploitation, elle se planifie, et elle mérite d’être nommée dès la conception, parce que c’est la seule panne de cette liste dont la cause est introuvable sur site.

Cet abonnement opérateur ne doit pas être confondu avec un abonnement à la solution. Chez nous, le matériel s’achète une fois, sans abonnement par device. Une carte SIM reste une carte SIM, avec son opérateur et sa facture, exactement comme la ligne internet du bâtiment.

L’alimentation, et pourquoi nous en faisons un point dur

Deux cas, selon ce que l’installation offre.

Le PoE, quand le switch qui amène l’Ethernet en est équipé et que la gateway retenue l’accepte. Toutes ne le font pas, cela se vérifie sur le modèle avant de compter dessus. Un seul câble porte alors la donnée et le courant, ce qui supprime la question de la prise disponible en hauteur. Second avantage, souvent décisif : sur une installation professionnelle, ce switch est en baie, et une baie est en général secourue par un onduleur. La gateway hérite alors de la protection sans qu’on ait à équiper le point d’installation. En général seulement : cela se vérifie, cela ne se suppose pas.

La prise 230 volts, sinon. Dans ce cas nous recommandons un onduleur dédié à la gateway.

Deux facons d'alimenter une gateway LoRaWAN : par prise 230 V avec un onduleur dedie et deux cables jusqu'a la gateway, ou en PoE avec un seul cable depuis un switch place derriere l'onduleur de la baie.
A gauche, l'onduleur est un poste en plus et deux cables montent jusqu'a la gateway. A droite, le PoE n'en demande qu'un, et la protection vient de la baie.

La position derrière tout ça est simple : une gateway non secourue transforme n’importe quelle microcoupure du bâtiment en trou dans les données. Un onduleur, ici, ne sert pas à tenir pendant une panne générale, il sert à absorber les basculements et les manœuvres électriques qui durent quelques secondes et dont personne ne se souvient le lendemain. Ce sont elles qui font le gros des trous constatés.

Ce qu’une coupure coûte réellement, et pourquoi ça dépend du device

C’est le point le moins souvent écrit, et celui qui devrait décider du niveau d’exigence sur le raccordement.

Un compteur à index, un compteur d’eau, une centrale de mesure électrique, tient son comptage en interne. La liaison peut tomber, l’index continue de grimper dans le device, et il remonte au retour. Le volume total n’est donc pas perdu, et c’est une bonne nouvelle qu’il faut dire. Ce qui est perdu, définitivement, c’est la répartition à l’intérieur de la période : on sait combien, on ne sait plus quand. Pour une facturation, le dommage est nul. Pour un talon nocturne, une recherche de fuite ou une corrélation avec un cycle de production, la période est inexploitable.

Un device qui prend des mesures ponctuelles, une sonde de température qui remonte un relevé à intervalle régulier, ne conserve rien. Ce qui n’a pas pu être transmis n’a jamais existé. Au retour, il n’y a pas de rattrapage : la courbe reprend là où elle en est, avec un trou définitif au milieu.

D’où la règle : sur un parc de devices qui prennent des mesures ponctuelles, le raccordement n’est pas un poste d’installation, c’est une condition de validité de la mesure. Sur un parc de compteurs à index destiné au suivi de consommation, une liaison moins parfaite se tolère. Ce n’est pas la même conversation, et elle se tient avant de choisir le raccordement, pas après la première coupure.

Savoir qu’une gateway est tombée

Une gateway qui ne répond plus ne fait aucun bruit. Rien ne s’allume en rouge, aucun opérateur ne remarque quoi que ce soit, et le dashboard continue d’afficher la dernière valeur reçue comme si elle était fraîche. C’est la panne la plus discrète du métier, et celle qui se découvre au pire moment, quand quelqu’un vient chercher la donnée de la veille.

Notre infrastructure surveille donc l’émission des gateways elles-mêmes, pas seulement celle des devices. Un mécanisme vérifie que chaque gateway continue de donner signe de vie. Au-delà d’une durée de silence définie, une notification part, vers le client et vers nous en même temps : il n’apprend pas la panne par nous longtemps après, il l’apprend quand nous l’apprenons. Le mécanisme fonctionne dans les deux sens, une notification de retour part également quand la gateway revient, ce qui évite le doute et les vérifications inutiles. À côté de cela, des dashboards dédiés donnent l’état de santé du parc, ce qui permet de voir venir une dégradation avant la coupure franche.

Le client y accède lui aussi. Son dashboard affiche la qualité de la liaison de sa gateway, et il n’a donc pas à nous croire sur parole : il voit si sa ligne internet décroche, à quelle fréquence et depuis quand. C’est souvent la première fois qu’un responsable technique dispose d’une mesure de ce que vaut réellement la connexion de son bâtiment, et il arrive que la discussion finisse chez son opérateur.

S’y ajoute une mesure d’une tout autre nature, qui ne porte plus sur la ligne internet mais sur la liaison sans fil : pour chaque message reçu d’un device, la gateway indique avec quelle qualité il lui est parvenu. Suivie dans le temps, elle révèle les dégradations lentes, celles qui ne déclenchent aucune alerte parce que rien n’est tombé. Comment on lit ces valeurs et ce qu’elles permettent de diagnostiquer tient au device autant qu’au réseau, ce sera l’objet d’un prochain article.

Enfin, nous disposons d’un accès distant à l’interface web des gateways, par un tunnel sécurisé initié depuis la gateway. Aucun service n’est exposé sur le réseau du client, aucun port n’est ouvert, l’accès reste sous notre contrôle. C’est ce qui permet de diagnostiquer, de reconfigurer et souvent de rétablir sans déplacement. Sans lui, chaque incident deviendrait une intervention sur site.

Ce que ça ne résout pas

Une couverture insuffisante se corrige facilement : ajouter une gateway ne demande de toucher à aucun device déjà en service. Un mauvais raccordement, lui, ne se corrige pas depuis un bureau. Il faut revenir, avec un installateur, parfois une nacelle, et refaire ce qui aurait dû être fait le premier jour.

Et la 4G, réponse commode à toutes les impasses de raccordement, a sa propre limite : elle nous rend indépendants du réseau du client, mais dépendants d’une couverture opérateur au point exact où la gateway est posée. Or ce point est souvent en hauteur, dans un bâtiment métallique, parfois en fond de site, et il arrive que ce soit précisément là que le signal cellulaire soit le plus mauvais. C’est un repli à vérifier comme les autres.

Poser une gateway est rapide. Ce qui décide de la qualité des années suivantes, c’est le temps passé avant la pose, à choisir l’emplacement et à négocier la liaison. Si c’est cette question qui bloque sur votre site, c’est exactement la conversation que nous avons tous les mois, et notre approche du réseau privé en donne le cadre. Parlons-en.

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