Installer des panneaux photovoltaïques ne suffit pas à comprendre ce qui se passe réellement sur un site. L’onduleur connaît sa production. Le gestionnaire de réseau connaît ce qui est prélevé et injecté. Le responsable technique, lui, cherche surtout à répondre à une question plus simple : quelle part de l’énergie produite est réellement consommée sur place ?
C’est là que le monitoring devient utile. Non pas pour remplacer la supervision de l’installateur photovoltaïque, mais pour remettre la production solaire dans le contexte énergétique complet du site.
Chez Finemeca, nous partons de l’existant. Nous ajoutons la mesure là où elle manque et nous faisons circuler la donnée là où elle doit aller.
Quatre grandeurs à ne pas confondre
Avant de parler de compteurs ou de centrales de mesure, il faut séparer quatre notions qui sont souvent mélangées.
La production photovoltaïque
La production est l’énergie fournie par l’installation photovoltaïque.
C’est la grandeur que l’onduleur connaît naturellement, puisqu’il convertit l’énergie produite par les panneaux en énergie utilisable par l’installation électrique.
Cette information est importante, mais elle ne dit pas ce que le site fait de cette énergie.
La consommation totale du site
La consommation totale correspond à l’énergie consommée par l’ensemble des installations du site : machines, HVAC, éclairage, informatique, auxiliaires, bâtiments techniques et autres usages électriques.
Pour l’observer, le point de mesure intéressant se situe au niveau du TGBT, ou à un point équivalent qui rassemble les flux du site.
C’est cette mesure qui permet de comprendre ce que le site demande réellement au réseau et ce qu’il lui renvoie.
L’autoconsommation
L’autoconsommation est la part de la production photovoltaïque consommée directement sur le site.
C’est généralement celle que l’on cherche à maximiser.
Une production solaire importante n’est donc pas suffisante en soi. Si elle arrive au moment où le site consomme peu, une partie de cette énergie repart vers le réseau. À l’inverse, une production mieux alignée avec les usages permet de réduire davantage les prélèvements sur le réseau.
Le bon indicateur n’est donc pas seulement « combien mes panneaux produisent-ils ? », mais aussi « combien de cette production suis-je capable de consommer moi-même ? ».
L’injection
L’injection est l’énergie excédentaire qui quitte le site pour repartir vers le réseau électrique.
Dans beaucoup de projets, c’est précisément ce que l’on cherche à limiter. Une injection importante signifie que la production et la consommation du site sont mal alignées à cet instant.
Elle peut aussi contribuer aux contraintes locales du réseau lorsque de nombreux producteurs injectent simultanément.
Le sujet n’est donc pas de produire le plus possible à n’importe quel moment. Il est de comprendre les flux pour augmenter la part de production réellement utilisée sur place.
Le premier point de mesure : le TGBT
Quand nous devons commencer par une seule mesure, nous commençons par le TGBT.
Pourquoi ? Parce que c’est là que l’on voit le résultat énergétique réel du site vis-à-vis du réseau.
Une centrale de mesure installée à ce niveau permet d’observer les flux entrants et sortants. Elle montre quand le site prélève de l’énergie au réseau et quand, au contraire, il en injecte.
C’est cette mesure qui répond à la première question opérationnelle : que se passe-t-il réellement à la frontière entre le site et le réseau ?
Elle a aussi un avantage important : elle reste indépendante de la marque de l’onduleur et de la plateforme de supervision photovoltaïque.
Si le client change d’installateur solaire, d’onduleur ou de plateforme, la mesure au TGBT reste à sa place.
Pourquoi nous choisissons une centrale de mesure
Pour ce type de projet, nous privilégions une centrale de mesure plutôt qu’un simple compteur d’énergie.
Le compteur d’énergie répond très bien à une question de cumul : combien de kWh sont passés ?
La centrale de mesure donne une vision plus complète du comportement électrique. Elle permet notamment de suivre les puissances et le facteur de puissance, et donc de vérifier que les grandeurs utilisées sont cohérentes.
Sur une installation photovoltaïque, ce point mérite une attention particulière. Une valeur de cos φ affichée à 1 en permanence ne raconte pas forcément la même chose qu’un facteur de puissance réellement mesuré.
Nous n’irons pas plus loin ici. Les écarts entre onduleur, compteur MID et compteur réseau, ainsi que les questions de puissance active, apparente et réactive, méritent un diagnostic à part entière. Ce sera précisément le sujet de l’article consacré aux différences de kWh entre ces appareils.
Ici, la règle est plus simple : si nous instrumentons une production photovoltaïque, nous voulons disposer de suffisamment de grandeurs pour vérifier ce que nous mesurons.
Une deuxième mesure à la sortie de l’installation photovoltaïque
La mesure au TGBT donne la vision du site face au réseau. Pour obtenir une vision complète, nous ajoutons une seconde centrale de mesure à la sortie de l’installation photovoltaïque.
Nous ne venons pas modifier la supervision de l’installateur solaire.
L’armoire photovoltaïque reste sous la responsabilité de son installateur. Notre mesure vient en complément, au niveau de la sortie électrique de cette armoire.
Cette indépendance est importante.
Elle évite de devoir dépendre d’une API, d’un portail cloud ou d’un accès propriétaire à la plateforme de l’onduleur. Elle évite aussi de conditionner le monitoring énergétique du client au maintien d’un contrat ou d’un compte chez un prestataire particulier.
La plateforme solaire continue à faire son travail. Notre mesure fait le sien.
Petites et grandes installations : une architecture différente
Toutes les installations photovoltaïques ne se ressemblent pas, et la façon de les instrumenter en tient compte.
Une petite installation, la plupart des toitures résidentielles ou commerciales jusqu’à une dizaine de kVA, se limite le plus souvent à un ou plusieurs onduleurs raccordés directement au tableau électrique existant. La protection de découplage, celle qui isole automatiquement l’installation du réseau en cas de défaut, est intégrée à l’onduleur lui-même. Le compteur communicant du gestionnaire de réseau suffit à mesurer les flux entrants et sortants. Il n’y a pas d’armoire dédiée : tout tient dans le tableau électrique général.
Une installation plus importante change de registre, et c’est le cas le plus fréquent sur les sites que nous équipons. Au-delà d’un certain seuil de puissance, le raccordement suit une procédure plus formelle : conformité certifiée à la prescription Synergrid C10/11, présence d’un compteur spécifique pour les certificats verts en plus du compteur du gestionnaire de réseau, et surtout, la possibilité pour le gestionnaire de réseau d’imposer une limitation à distance de la puissance injectée. Cette dernière exigence change tout : il faut un automate capable de recevoir cette consigne et de la faire respecter, avec ses propres contacts de déclenchement. Ce n’est plus une fonction que l’onduleur assume seul.
Concrètement, ces installations regroupent leur comptage réglementaire, leur protection et leur automate de pilotage dans une armoire dédiée, distincte de l’armoire de l’onduleur et du TGBT du site. C’est une infrastructure pensée pour la conformité vis-à-vis du réseau, pas pour le pilotage énergétique du site.
C’est précisément là que notre seconde mesure prend son sens. Elle ne remplace ni le compteur réglementaire ni l’automate de l’installation : elle vient s’ajouter, au même titre que la première au TGBT, pour faire entrer cette production dans le dashboard du site plutôt que dans un système pensé uniquement pour la conformité réseau.
Deux points de mesure, une lecture complète
Avec une centrale au TGBT et une seconde sur la production photovoltaïque, on peut reconstituer les principaux flux énergétiques du site.
La centrale photovoltaïque donne la production.
La centrale du TGBT indique ce qui entre depuis le réseau ou ce qui y repart.
À partir de ces informations, on peut déterminer la part de production consommée localement et observer les périodes pendant lesquelles le site devient importateur ou exportateur.
Prenons un cas simple.
Si les panneaux produisent alors que les ateliers, les groupes froids ou les équipements techniques consomment fortement, une grande partie de cette production peut être absorbée immédiatement.
Si la même production arrive un jour où les équipements sont arrêtés, l’injection augmente.
Le monitoring rend cette différence visible. C’est ce qui permet ensuite de réfléchir à des actions : déplacer certains usages, revoir les horaires, piloter des équipements, charger un stockage ou simplement comprendre pourquoi l’autoconsommation reste faible.
La mesure vient avant la décision.
Une installation légère sur l’existant
Dans beaucoup de cas, la mesure peut être ajoutée sans transformation importante de l’installation électrique.
Les centrales utilisent des transformateurs de courant, les TI, installés autour des conducteurs.
Cela permet de mesurer les courants sans devoir insérer un compteur de puissance directement dans le circuit principal.
Il reste évidemment des règles à respecter : sens des TI, association correcte avec les phases, ordre des phases et configuration de la centrale.
Une erreur à ce niveau peut produire des chiffres parfaitement plausibles et pourtant faux.
Ce sujet mérite lui aussi un article spécifique, car un mauvais montage de TI peut fausser complètement l’interprétation d’une installation sans provoquer de panne visible.
Nos centrales de mesure communiquent directement en LoRaWAN. Aucun câble de données à tirer entre l’armoire électrique et un poste de supervision, aucune dépendance non plus au réseau informatique du client : une gateway suffit à couvrir l’ensemble du site, y compris un local technique éloigné ou une armoire photovoltaïque isolée. Voir notre kit électrique centrale de mesure.
Ne pas dépendre d’une seule plateforme
Le problème que nous rencontrons souvent n’est pas l’absence de données.
C’est l’inverse : il y en a partout.
La production photovoltaïque se trouve dans le portail de l’installateur solaire. Les prélèvements et injections sont visibles dans les données du gestionnaire de réseau. Les consommations détaillées peuvent être dans une GTB ou dans une autre supervision. L’eau dispose parfois de son propre portail. Le gaz encore d’un autre système.
Techniquement, chacun de ces outils peut être correct.
Mais pour le responsable de site, cela finit vite par signifier plusieurs portails, plusieurs comptes, plusieurs mots de passe et des pas de temps différents.
C’est exactement la situation d’un client qui voulait une vue complète de sa consommation et de sa production. Pour l’obtenir, il devait se rendre sur le portail web de son installateur photovoltaïque, puis sur myORES, l’espace client du gestionnaire de réseau. Chacun avec son propre login et son propre mot de passe, et aucun des deux pensé pour un suivi en temps réel. Nous avons remplacé ces deux accès par un seul dashboard Grafana, construit avec le client pour n’afficher que ce qui l’intéresse, et extensible aux autres énergies du site.
Et surtout, aucune de ces plateformes ne montre nécessairement le site dans son ensemble.
C’est là que la logique change.
Le monitoring énergétique ne consiste plus à chercher une nouvelle plateforme spécialisée pour chaque énergie. Il consiste à rassembler les mesures utiles au même endroit.
Un seul dashboard pour comprendre le site
Notre objectif est donc de réunir sur un même dashboard les différentes énergies du site : électricité, production photovoltaïque, eau, gaz, air comprimé ou toute autre grandeur utile au pilotage.
La production solaire cesse alors d’être un graphique isolé.
Elle peut être regardée en même temps que la consommation générale, l’injection, les consommations d’un atelier ou le fonctionnement de certains équipements.
C’est beaucoup plus utile pour répondre à des questions concrètes.
À quel moment injectons-nous ?
Quels usages pourraient être déplacés vers les heures de production solaire ?
Notre talon de consommation absorbe-t-il une partie significative de la production ?
Une baisse d’activité modifie-t-elle fortement notre taux d’autoconsommation ?
Une hausse de production se traduit-elle réellement par une baisse des prélèvements réseau ?
Ces questions demandent de croiser les données. Pas d’ouvrir cinq portails.
Mesurer avant de chercher à optimiser
Le photovoltaïque est souvent présenté comme un sujet de production. Pour nous, c’est d’abord un sujet de flux.
Produire beaucoup ne garantit pas que cette énergie soit utilisée là où elle apporte le plus de valeur au site.
C’est pourquoi nous commençons par mesurer correctement.
Une centrale au TGBT donne la frontière avec le réseau. Une seconde mesure à la sortie de l’installation photovoltaïque donne la production indépendante. Ensemble, elles permettent de comprendre la consommation, l’autoconsommation et l’injection.
Ensuite seulement viennent les décisions d’optimisation.
Et surtout, ces mesures ne restent pas enfermées dans une plateforme supplémentaire. Elles rejoignent les autres données énergétiques du site dans une vue commune.
Parce qu’au final, le responsable technique n’a pas besoin d’un login de plus.
Il a besoin de comprendre ce que consomme son site, ce qu’il produit et où part son énergie.